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Mary W. SHELLEY
Frankenstein ou le Prométhée moderne
traduction de Joe Ceurvorst
Livre de poche, 2009
L'auteur
Mary Wollstonecraft
Shelley est née le 30 août 1797 à Somers Town, un faubourg de Londres.
Femme de lettres anglaise, Elle était romancière,
nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe et auteur de récits de
voyage. Mais elle est surtout connue pour avoir écrit Frankenstein ou le Prométhée moderne, son premier roman qui la
rendra aussi connue que son mari, Percy B. Shelley, poète et philosophe. Elle est morte d'une tumeur au cerveau en 1851.
En mai 1816, les
Shelley passent l'été en compagnie de quelques amis (le poète Lord Byron
et sa compagne Claire Clairmont ainsi que John Polidori)
près du Lac Léman. Pendant cet été, ils discutent des expériences du
poète et naturaliste Erasmus Darwin, dont on disait qu'il avait réussi à
faire revivre de la matière morte et du galvanisme
(stimulation des muscles par électricité). C'est lors d'un soir
d'orage que Byron lancera une idée: « écrivons chacun une histoire de
fantôme ». C'est ainsi que Polidori écrivit sa nouvelle « Le
Vampire » précurseur de Dracula de Bram Stocker et que Mary commencera l'écriture de Frankenstein, inspirée par un des ses cauchemars.
Le livre
Histoire
L'histoire commence
avec quelques lettres de Robert Walton, un homme qui explore le Pôle
Nord à bord de son bateau. Walton est extrêmement surpris
de recueillir un jeune étudiant sur la banquise. Cet étudiant se
nomme Victor Frankenstein. Il est très affaibli et semble porter un
lourd secret mais, se sentant en confiance, il décide de se
confier à Walton, tout en le prévenant que son histoire est
extrêmement difficile à croire.
On entend alors la
voix de Frankenstein qui raconte son enfance, sa rencontre avec
Elizabeth (une orpheline que sa famille a adoptée), ses études et
les raisons qui l'ont poussé à créer un monstre. Il parle alors de
la « naissance » de la créature comme du début de sa descente en enfer.
Il décide de retourner auprès de sa famille mais apprend
à son retour l'assassinat de son jeune frère William. Pour lui, le
meurtrier est évidemment le monstre, mais il ne peut rien prouver, ni en
parler, craignant, à juste titre, de paraître fou. Il
décide donc de s'isoler dans les Alpes et tombe ainsi sur sa
créature. Elle lui demande d'écouter son histoire. Le lecteur passe
alors dans la subjectivité du monstre qui raconte son exil dans la
forêt et ses tentatives d'approche des humains. Malheureusement il
se fait toujours rejeter à cause de son apparence et entretient ainsi
une haine à l'égard des hommes. Cependant, il ne sait
quelle attitude adopter envers son créateur : haine ou amour. Il lui
propose donc un marché : ou bien le jeune homme lui crée une compagne
avec qui il s'isolera, ce qui le comblera de bonheur et
lui fera oublier sa haine des humains, ou bien Frankenstein refuse
et, dans ce cas, le monstre tuera ses proches jusqu'au dernier, par
vengeance envers cet homme qui n'assume pas sa « paternité
».
Tout d’ abord
Frankenstein accepte et repart à Ingolstadt mais il est tourmenté par
cet accord. Peut-il faire confiance au monstre ? Créer un autre
monstre femelle permettrait leur reproduction et cela ne
condamnerait-il pas l'humanité ? Ne vaudrait il pas mieux que le
scientifique meure en essayant de tuer le monstre ? Il décide donc de
rompre le marché, se résignant à la mort et à la destruction du
monstre. C'est ainsi qu’il se lance à sa poursuite, ce qui le conduit au
Pôle Nord.
Analyse
Il y a tellement de thèmes abordés dans Frankenstein
qu'il est difficile de croire que Mary Shelley l'ait écrit par simple
inspiration d'un cauchemar ; de nombreuses personnes ont cherché ce
qui aurait pu influencer (consciemment ou inconsciemment) son écriture
(exemple, cet article sur Bibliobs). La liste est donc assez
longue :
– L'amitié et l'amour. Dès
le début de l'histoire, Walton se plaint dans ses
lettres de ne pas avoir de véritable ami avec qui partager ses
angoisses, ami qu'il rencontrera en la personne de Victor. Victor
parlera aussi de ce sentiment quand il évoquera Clerval, son ami
d'enfance. Et en ce qui concerne l'amour, la relation entre Victor
et Elizabeth.
– Les dangers de la science. Tout
au long de ses travaux, Frankenstein ne se
rend pas compte de l'horreur de ce qu'il est en train de créer, il
ne pense qu'à percer le secret de la vie pour éviter de revivre la
douleur de la mort de sa mère. Malheureusement il ne se rend
compte des conséquences de ses actes sur l'Humanité que lorsqu'il
commence à perdre tous ceux qui lui sont chers.
– La religion. Créer
un être par soi-même, c'est se prendre pour Dieu (ou
Prométhée, celui qui vola le feu sacré de l'Olympe pour le donner
aux mortels dans la mythologie grecque). Dans le récit, on peut donc
assimiler Frankenstein à Dieu et la créature à l'Homme, et
cette distribution pourrait cacher une question : l’Homme ne
pourrait-il pas égaler Dieu ?
– La famille. Les
Frankenstein sont extrêmement soudés ; leur servante, Justine
Moritz, en fait entièrement partie ainsi que la jeune Elizabeth, une
orpheline recueillie par Mme Frankenstein et que Victor considère comme
sa cousine.
– La frontière très mince entre amour et haine. La
créature ne sait que penser
de son créateur et lui demande une preuve, une action qui pourrait
guider son attitude. Cette ambiguïté est très nette dans le passage où
la créature surveille pleine d'espoir l'avancée des
travaux de Frankenstein.
– L'injustice, les apparences et les préjugés. La
créature est rejetée à cause
de son apparence alors qu'elle est si l'on peut dire innocente comme
un bébé qui vient de naître et le livre comporte aussi beaucoup
d'accusations injustes (contre Justine Moritz, la servante des
Frankenstein, contre Victor, pour le meurtre de Clerval et contre la
créature, alors qu'elle se manifeste aux humains).
– Le devoir parental et l'éducation. La
façon dont Frankenstein abandonne le
monstre est comparable au comportement d’un père qui abandonne son
fils, le laissant ainsi sans aucune notion de bien et de mal et sans
aucun repère dans la vie.
– La condition de la femme. Lorsque
la créature demande à son créateur de lui
fabriquer une compagne, il lui fait presque comprendre que la seule
utilité d'une femelle serait de lui tenir compagnie et de l'empêcher de
se sentir seul. Shelley a sûrement essayé de dénoncer
la vision qu'on a des femmes à son époque.
– Les sentiments. On
s'interroge sur la part d'humanité de la créature ; elle
ressent des sentiments comme la solitude, la haine, l'envie, la
tristesse, le désespoir, etc. À partir de là, on peut se poser une
question : les créations des humains peuvent-elles avoir des
sentiments ? Voire égaler l'Homme ? Par création humaine, Shelley
entendait la créature mais bien des années après la problématique peut
s'étendre aux robots, question sur laquelle bien des
écrivains de SF se sont penchés comme Asimov dans le cycle des Robots ou L’Homme bicentenaire et Dick dans Do androids dreams of electric sheeps ?
Conclusion
J'ai acheté et lu ce
livre parce que, d'une part, je ne pouvais pas passer à côté –
c'est un des ouvrages de base de la Science-fiction – et
que, d’autre part, j'ai été intrigué par la quatrième de couverture :
« [...] paradoxalement, le succès même de l'œuvre a contribué à en
masquer le souvenir derrière l'arsenal souvent factice du
cinéma d'épouvante » ; j'ai trouvé cela étrange, je croyais
connaître l'histoire.... En effet, Frankenstein fait partie de ces
personnages qui sont sortis de leur histoire pour devenir des
personnages de la culture populaire, comme Sherlock Holmes ou
Robinson Crusoé. Je m'imaginais donc un savant fou créant un monstre
dans un château avec l'aide d'un assistant difforme, le fameux «
Il est vivant ! » et la population du village voisin brandissant
torches et fourches pour pourchasser Frankenstein et sa créature à la
démarche saccadée... mais cette histoire n'est pas celle du
livre. J'ai donc été extrêmement surpris de découvrir un Victor
Frankenstein certes fou mais surtout obsédé par la vengeance,
complètement désespéré et une créature bien plus humaine qu'on
n’aurait pu l'imaginer.
Alexis, 2e année Bib.-Méd.
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